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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 13:57

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Voici le récit de mon premier accouchement, que j'aurais souhaité sans péridurale..

Ce soir-là de juin 2010, je traîne un peu pour aller au lit. J'y vais vers 1h30. A 2h30, juste avant que BarbeDrue vienne se coucher, je me réveille avec des contractions douloureuses. J'en ai toutes les 10 minutes. Ce n'est pas la première fois que j'ai des contractions si régulières, mais cette fois-ci, elles sont un peu douloureuses et c'est ça qui m'a réveillée. Quand BarbeDrue se couche, je lui dis que je vais peut-être devoir le réveiller dans pas très longtemps, mais je ne suis pas très sûre. Je vais m'installer sur le canapé du salon, où je passe la nuit depuis les dernières semaines de ma grossesse.

Je n'arrive pas à me rendormir. Pour passer le temps, je note les heures des contractions sur un petit papier. Vers 5h30, ça fait environ une heure qu'elles viennent toutes les 5 minutes, et elles me font assez mal. J'ai des pertes rosées assez liquides, je me demande si la poche des eaux est fissurée. J'appelle la maternité, et je tombe sur une de mes collègues sage-femme que j'aime bien. Elle me dit qu'il faut passer pour vérifier.

Je réveille BarbeDrue. Sur le coup, il n'a pas l'air vraiment sûr que c'est vraiment le début de l'accouchement. Il est crevé car il a très peu dormi. Mais moi, je me dis qu'il vaut mieux partir pour la maternité pour vérifier si la poche des eaux est fissurée ou pas.

Je prends une douche. A chaque contraction, je m'arrête et je m'appuie contre le mur. BarbeDrue rigole, il se demande si je ne fais pas un peu de cinéma. Moi, je rigole aussi, je suis assez excitée, je me dis que ça y est, notre fille va arriver. En même temps, j'espère que ce n'est pas une fausse alerte, et qu'on ne nous renverra pas chez nous.. Mon homme prend aussi une douche et appelle le taxi. De temps en temps, je caresse mon ventre, et je dis au bébé qu'on l'attend avec impatience. Et puis, je l'encourage un peu pendant les contractions.

On attend le taxi dans le hall d'entrée de l'immeuble. Quand il arrive, je fais comme si de rien était. On a un peu peur qu'il refuse de nous emmener s'il comprend que je suis sur le point d'accoucher. Mais le chauffeur ne pose aucune question. Le trajet n'est pas très agréable, parce que j'ai quand même mal, surtout quand on passe des dos d'âne, et toutes les vibrations augmentent la douleur. On arrive à la maternité vers 7h30, juste après le changement d'équipe.

C'est cool, mes collègues sont aussi excitées que moi, elles sont aux petits soins avec moi. Par contre, comme c'est l'heure du changement d'équipe pour les sages-femmes, j'attends jusqu'à 9h que ma sage-femme vienne me voir. J'ai de la chance, c'est la collègue qui m'a suivie pendant ma grossesse. Elle vient juste de prendre son service, donc elle pourra me suivre pour tout mon accouchement. C'est vraiment un coup de chance qu'elle soit là!

Elle m'examine et me dit que la poche des eaux n'est pas fissurée. Ensuite, un peu étonnée, elle me dit en riant : "Eh ben, t'es dilatée à 7!!! T'es déja en travail, ma puce, tu peux bien avoir mal!! On va t'installer en salle!!". Moi aussi, je suis étonnée, et sur le coup, je suis toute contente, je me dis que ça a été rapide et plutôt facile jusque-là. J'imagine que ça ira assez vite, et j'espère avoir accouché pour 13h. Un calcul un peu stupide, car je l'apprendrai par la suite, un accouchement n'est pas linéaire..

On m'installe donc en salle de naissance, il est environ 9 heures. On me donne une chemise de nuit d'hôpital, l'infirmière me pose une perfusion. Je ne pense même pas à demander ce qu'il y a dedans... Je me retrouve aussi avec le monitoring en continu, et un brassard pour la mesure de la tension. Ca fait beaucoup de fils. .

Je m'assois sur le lit d'accouchement, en faisant redresser le dossier par mes collègues. Je me sens mieux quand je suis assise, je n'ai pas envie d'être allongée. Par contre, après, difficile de bouger, avec tous les fils qui me relient aux différents appareils et à la perfusion.

On me propose la péridurale, je dis non. J'ai mal, mais j'arrive à gérer et j'ai vraiment envie d'accoucher le plus naturellement possible. Je me sens toute contente. BarbeDrue est avec moi, il est fatigué mais il a l'air d'aller bien, c'est cool. Quelques collègues à moi passent parfois m'encourager, mais ça va, c'est surtout les sages-femmes, il n'y a pas trop de va-et-vient.

Pendant les contractions, mon homme essaye de me détendre en me faisant rire. Au bout d'un moment, j'ai tellement mal que j'ai besoin de me concentrer pour bien souffler, donc je lui demande de ne pas me parler pendant les contractions, ni de me toucher. Bizarrement, quand il me parle ou me touche, j'ai l'impression que la douleur augmente.. Du coup, on rigole entre deux contractions. Vers 13h, je lui propose d'aller chercher un peu à manger pour lui au distributeur, du coup, il part grignoter quelque chose, puis revient.

Les contractions deviennent de plus en plus rapprochées et plus douloureuses, les moments de répit sont courts! Mais je continue à gérer. Le temps commence à me paraître long.

Vers 14h, le col est passé de 7 à 9, en cinq heures. Ca avance beaucoup moins vite qu'au départ. Je suis fatiguée, je n'ai rien mangé depuis la veille, et pratiquement pas dormi de la nuit. Je commence à en avoir marre..Ma sage-femme me propose deux alternatives : Soit elle perce la poche des eaux, dans ce cas-là le travail s'accélérera, mais les contractions seront beaucoup plus douloureuses et sans péri ce sera difficile, soit elle me laisse encore attendre, mais ça peut durer encore 3 ou 4 heures.

J'hésite, mais je commence à être pressée d'en finir, et je lui dis OK pour percer la poche des eaux. Elle perce, et je sens un liquide chaud s'écouler. Quand elle retire le bassin, je constate que le liquide est teinté. Comme je sais que cela peut être le signe d'une souffrance du bébé, je demande, un peu inquiète : "Mais, le liquide est jaune??" La sage-femme me rassure en me disant qu'on arrive à la fin de l'accouchement et que le bébé supporte bien les contractions, donc on continue comme ça. Elle m'explique qu'on fera un prélèvement à la sortie du bébé pour vérifier qu'il n'a pas d'infection.  

Une fois que la poche est percée, les contractions s'intensifient doucement. J'arrive à gérer encore environ une heure. Durant ce temps, une de mes collègues anesthésistes, passe me voir. Elle me conseille de prendre la péridurale. Je lui dis que je n'en veux pas. Elle insiste et me conseille d'écouter son expérience de "vieille femme". Je continue à ne pas vouloir, elle me sourit sans rien ajouter et sort de la salle d'accouchement.

Un peu plus tard, une de mes collègues infirmières passe dans la salle pour prendre des nouvelles. Je commence à avoir du mal à gérer la douleur. J'essaye de rester cool, mais je lui dit un peu sèchement que je n'ai pas envie de parler. Elle comprend, sourit, me souhaite bon courage, et sort de la salle.

A 15h, bizarrement, il y a la contraction de trop. Je me demande ce qu'elle a de pire que les autres.. Je pense qu'en fait, ça doit être la fatigue, le découragement et l'accumulation de la douleur..

Elle me fait tellement mal, que je perds tout contrôle. Jusque-là, je soufflais calmement, je prenais une pose qui me soulageait et je gérais. Mais après cette contraction, c'est fini.

Je me mets à hurler comme un animal et à gesticuler de façon incontrôlée. Ma sage-femme rentre en courant dans la salle d'accouchement. BarbeDrue devient blanc comme un linge. Tous les deux me disent de souffler, mais je n'écoute plus personne. Je gesticule en hurlant, je ne contrôle plus rien. On dirait une folle.. 

Ma sage-femme me propose encore la péridurale. J'ai du mal à dire oui. Je vois son visage ennuyé à ma gauche, et le visage soucieux de mon homme à ma droite. Je lui demande : "Qu'est-ce que je dois faire?" BarbeDrue me dit que ce n'est pas à lui de choisir pour moi. Je voudrais tellement accoucher sans péridurale... Mais j'ai tellement mal, et c'est la seule chose qui semble possible. Mon col est quasiment dilaté à 10, mais j'ai trop mal, je ne me vois pas continuer comme ça, je suis épuisée et démotivée. Je finis par accepter la péridurale, et juste après, je me mets à hurler : "J'ai échoué! J'ai échoué!" On dirait une actrice de films dramatiques. Par la suite, j'ai beaucoup ri de ces cris, mais sur le coup, je suis vraiment très déçue de céder face à la douleur.

Le monitoring me fait mal, j'ai l'impression qu'il me scie le ventre. Je l'enlève assez violemment, en l'arrachant à moitié. Ma sage-femme fait une drôle de tête mais elle voit que ce n'est pas le moment pour me le remettre. Elle attend que j'aie la péridurale.

Après mon accouchement, plusieurs de mes collègues m'ont dit qu'elles m'ont entendu hurler depuis les étages. Sur le coup, elles se sont demandé qui criait comme ça. Certaines se sont demandé si c'était moi. Mais la plupart se sont dit : "Non, elle est tellement calme, elle ne pourrait jamais crier comme ça..". Mais si...

Je me retrouve avec la péridurale vers 15h. Pendant la pose, mes collègues demandent à BarbeDrue de sortir. Dans le couloir, il devient tout blanc et il doit s'assoir contre le mur. Il m'a dit après coup qu'il avait cru que j'allais mourir, le pauvre! Le fait de me voir perdre le contrôle comme ça, ça lui a fait vraiment peur pour moi.. Et moi qui voulais justement éviter ça, c'était raté.. Je ne voulais pas qu'il se sente impuissant face à ma douleur, mais c'est vrai que c'est tellement fort que je n'ai pas réussi à garder le contrôle...

Je suis très stressée quand l'anesthesiste vient me piquer pour la péridurale, parce que les contractions sont très rapprochées, et je n'arrive pas à rester en place pendant. J'ai peur de bouger au moment de la piqure. Mais finalement, tout se passe bien.

Après la péridurale, toute la pression retombe. Ma collègue m'a injecté une dose de cheval, je suis quasiment tout de suite soulagée, et même, je ne sens pratiquement plus rien. Mon homme rentre dans la salle d'accouchement et je lui souris. Il me dit que j'ai l'air complètement shootée. On rigole un peu, crevés tous les deux. Je me dis que ça ne devrait plus trop tarder, puisque je suis presque dilatée à 10. Mais le temps passe lentement.

Enfin, vers 16h30, on approche de la poussée. C'est la sage-femme qui donne le signal de départ. Le col est complètement dilaté, et elle voit un peu le crâne de notre fille.

Et puis, enfin, il faut pousser. C'est dur, parce que je ne sens pas ce que je fais, la péridurale est un peu trop fortement dosée.. En plus, je ne sens pas les contractions. Ma sage-femme me montre comment tenir mes jambes, et BarbeDrue m'aide en soutenant ma tête. A un moment donné, au cours des poussées, je me sens très faible, et j'ai l'impression de partir. J'arrive à peine à le dire, et alors que je suis plus ou moins en train de tomber dans les pommes, quelqu'un me psshite assez violemment avec mon brumisateur. Ca suffit pour me "ramener". En fait, c'est juste une hypotension à cause de la péridurale (je suis à 7/3 de tension..).

Avant la sortie, la sage-femme masse mon périnée avec du savon liquide, pour essayer de l'assouplir et faciliter la sortie du bébé. Mais après un petit moment, elle me dit qu'elle va faire une épisio. J'ai confiance en elle, et je lui dis ok, parce qu'elle est une des sages-femmes qui fait le moins d'épisiotomie de ma maternité. Ensuite, elle aide ma fille à sortir en la tirant un peu à la main.

Quand ma fille sort, je vois tout de suite le cordon enroulé autour d'elle. D'ailleurs, on se met tous à le dérouler. Même moi!! :) Je regarde cet enfant qui était en moi il y a quelques instants et que je vois pour la première fois, c'est bizarre!!

En fait, ma pousinette était enroulée dans son cordon 3 fois (un tour autour du cou, un tour autour d'un bras, et un autour de son ventre). D'après la sage-femme, c'est ce qui a ralenti le travail à la fin, elle descendait plus lentement et appuyait moins fort sur le col, le cordon étant un peu court du coup.

Je fais une petite parenthèse.. En parlant plus tard avec une sage-femme indépendante de mon accouchement et du fait que je n'avais pas réussi à tenir jusqu'au bout, voila ce qu'elle m'a dit : A son avis, dans les hôpitaux publics, les sages-femmes n'ont pas vraiment le temps de rester tout le temps avec les futures mamans. Et d'après cette sage-femme, si j'avais été accompagnée au moment des contractions très douloureuses, j'aurais peut-être réussi à tenir. Elle m'a dit : "C'était peut-être le moment d'accepter la douleur, mais seule, c'est très difficile." Et c'est vrai que ma collègue est une super sage-femme, mais elle avait d'autres accouchements à gérer et ne pouvait pas passer tout son temps avec moi..

La sage-femme demande à BarbeDrue s'il veut couper le cordon, il dit oui et le fait sans problème. Et juste après, Sophie me pose le bébé en peau à peau sur le torse avec un drap tout chaud par dessus. Ma fille est douce et tiède, toute glissante parce que pas encore nettoyée. Elle a les yeux grands ouverts et regarde de tous les côtés. Le premier qu'elle voit, c'est son père. Il est tout attendri. Moi, je pleure tout doucement. Je n'arrive pas à y croire. Elle est tellement belle macha Allah!! Je m'attendais à voir un bébé tout cabossé, mais non. Elle est magnifique. Elle se met à me regarder et à pousser de petits cris très doucement. J'essaye de bien la couvrir avec le drap chaud. Pendant ce temps-là, la sage-femme me recoud. En la voyant faire, je me dis que finalement, c'est bien d'avoir la péridurale, je n'aurais pas aimé être recousue à vif...

J'ai envie de mettre mon bébé tout de suite au sein, mais je suis sur le dos, et elle glisse, je ne peux pas trop bouger. Donc j'attends. C'est déja merveilleux de l'avoir comme ça tout contre moi, en peau à peau!! Il y a aussi eu la sortie du placenta, assez vite après l'arrivée de ma fille, mais de ça, je ne me rappelle quasiment pas, bizarrement.. Je crois que j'étais trop émerveillée par ma fille pour avoir envie de me concentrer là-dessus, et en plus, comme j'avais la péridurale si fortement dosée, je crois que je n'ai rien senti, et ça ne m'intéressait plus du tout..

A un moment donné, je regarde ma perfusion, et je vois que le débit du liquide est très rapide. Je me redresse un peu pour diminuer la vitesse d'écoulement, mais l'infirmière m'arrête en me disant que c'est le bon débit. Je ne pense même pas à demander quel produit est en train de passer, j'ai vraiment l'esprit ailleurs.

Ensuite, quand ma sage-femme a fini de me recoudre, elle prend ma fille pour faire rapidement les contrôles, les mesures, etc.. Notre fille mesure 50 cm et pèse 3320 gr. Puis, ma collègue l'habille et me conseille de me coucher sur le côté pour la première tétée. Je peux enfin l'allaiter. Elle prend le sein tout de suite, et se met à téter directement, sans aucun problème. C'est trop mignon. J'ai du mal à réaliser!! C'est notre bébé, elle est là, nous sommes trois maintenant!!


Articles en lien :

Analyse rétrospective de mon premier accouchement
Récit d'un accouchement sans péridurale

Photo : Prise par May, "ma maternité", juin 2009. Retravaillée par BarbeDrue. (merci!)

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Published by unbebebienreel.over-blog.com - dans Accouchement sans péridurale
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commentaires

oum-kalthoum 08/10/2012 15:48

Et maintenant, tu sais ce qu'il y avait dans la perfusion ?!
Au fait, tu sais que tu as le droit de refuser ? Comme pour le monitoring d'ailleurs. Car effectivement ça n'aide pas d'être clouée au lit avec ce truc (ça a aussi été mon cas...).

Quand tu as paniqué, je pense que c'était la phase de désespérance. Moi aussi j'ai eu un moment de panique où j'ai crié que je n'allais pas y arriver. Mais c'est normal. Au moins tu sauras pour le
prochain ^^

unbebebienreel.over-blog.com 09/10/2012 13:49



Non, je n'ai pas cherché à savoir, en fait. Je pense qu'au départ, c'était une perfusion d'entretien avec du glucose, et puis à la fin, j'imagine qu'il ont dû faire passer de l'ocytocine pour
limiter les risques d'hémorragie.


Sinon, je pense que oui, effectivement, je suis passée par la phase de désespérance, mais à ce moment-là, je ne savais pas que ça existait. Bizarrement, pour mon deuxième accouchement, je ne suis
pas passée par cette phase-là. Pourtant, j'ai accouché sans péridurale, cette fois-là. :)