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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 13:49

 TOURTE-1.JPG  

Pendant mes études d'infirmière, un printemps, un couple de pigeons a fait son nid sur le rebord de la fenêtre de ma petite chambre d'étudiante. Ils sont restés là à peu près trois mois, le temps de couver et que les petits grandissent assez pour s'envoler. J'ai donc eu l'occasion de les observer énormément (un peu malgré moi, disons..)

Je n'ai rien contre les pigeons en général, mais jusque-là, je ne les trouvais pas très passionnants. Je devais être un peu blasée à force d'en voir partout, et sûrement influencée par certains propos courants de gens les trouvant gênants et "stupides". Cependant, en les voyant s'occuper de leurs petits, je leur ai trouvé une âme que je n'avais pas soupçonnée chez cette espèce-là auparavant.

Ils étaient devenus parents, formaient une famille. Ils avaient un but dans leur vie. Ils faisaient passer les besoins de leurs petits avant les leurs, ils s'épuisaient à couver, partir et revenir avec de la nourriture. Je ne sais pas si j'ai projeté sur eux mes propres sentiments, mais j'étais toute attendrie en les voyant investis de cette grande mission : ils élevaient leurs petits.

Je me suis tellement attachée à eux que je leur ai même donné des noms : Papa Jack, Big Mama, Sumo et Tweety. (Un des deux petits était plus gros que l'autre.)

Nos instincts de mammifère :

En fait, quand on observe les animaux s'occuper de leurs bébés, on se rend compte de toute leur implication dans ce rôle de parents. Ils ont atteint le but ultime de leur existence : la survie de l'espèce, et en particulier, la survie de leurs petits. Ils suivent leur instinct, et vont jusqu'au bout de leur devoir. Je les trouve à la fois tellement attendrissants et forts, quelle leçon pour nous!

Lorsque j'attendais mon premier bébé, tout à coup, j'ai ressenti ma nature mammifère refaire surface. Je crois qu'avant d'être parent, on ne se rend pas vraiment compte de l'instinct que l'on possède. On admire les animaux, qui savent s'occuper de leur petits sans avoir jamais rien appris. On se dit que sans l'avis des "gens qui savent" (les pédiatres, médecins, sages-femmes, etc..), on n'en serait jamais capable.

Bon. Bien-sûr, il y a des choses qui ne sont pas innées, comme le fait de s'abstenir de manger des produits d'origine animale crus durant la grossesse afin d'éviter la listériose etc..

Mais lorsque l'on est enceinte ou que l'on allaite son enfant, on ressent des forces intérieures que l'on n'aurait pas imaginées. On se rend vraiment compte de notre condition de mammifère, d'être vivant proche de la nature, proche des autres animaux. Enfin, je ne sais pas si tout le monde le ressent comme ça, mais pour moi, mes enfants sont mes petits, je leur donne des noms de bébés animaux, je les allaite, je les porte, je me sens vraiment une maman chatte, une maman oiseau, une maman poule, une louve.

Une expérience métaphysique :

Parfois, pendant ma grossesse, je réalisais soudainement que j'avais réellement un bébé dans mon ventre. Un petit être humain en train de grandir en moi, au milieu de mes organes internes. J'essayais de l'imaginer comme si je le voyais à travers une bulle transparente, en train de baigner en ondulant doucement dans son liquide amniotique. Et je me sentais complètement impuissante face à la grandeur et la complexité de ce qui se passait en moi.

Je ne maîtrisais rien. La conception en elle-même, nous échappe totalement. Certains couples attendent longtemps pour arriver à la conception, quand d'autres y arrivent du premier coup, et d'autre encore n'y arriveront jamais. Sans compter toutes les aides à la procréation, qui marchent pour certains, et jamais pour d'autres.

Certains pensent encore que la science explique tout et pourra dépasser toutes les limites. Comment ne se rendent-ils pas compte que nous ne maîtriserons jamais le souffle de vie, le premier battement de coeur, l'entrée de l'âme dans le corps, la formation ne serait-ce que d'une toute petite cellule vivante... Tout comme personne ne connait l'heure de sa propre fin... Macha Allah... 

Je voyais mon corps se déformer, échapper totalement à ma "maîtrise". Mon ventre grossissait, et ne ressemblait plus du tout à ce que j'avais l'habitude de contenir. Mon espace se réduisait toujours plus semaine après semaine, mes déplacements devenaient compliqués. Je devais envisager ma place dans l'espace différemment. Et la vie ne s'arrêtait pas, grossissait et bougeait en moi, puisant dans mon sang tous les nutriments nécessaires, sans que j'aie autre chose à faire que de manger.

Et puis, le jour de l'accouchement, quel mystère! Quand aura-t-il lieu? De jour, de nuit? Sera-t-il très rapide? Par quel signe démarrera-t-il? Quelle est notre maîtrise dans tout ça?

Dans tous ces moments-là, j''ai ressenti très fort la puissance de Dieu, et notre impuissance à nous, les êtres humains.

De l'idéal à la réalité :

J'étais très heureuse d'être enceinte, après de longues années d'attente et de doutes : comment savoir si je serais fertile, avant d'attendre un enfant?

J'ai passé des années à idéaliser la grossesse. Je trouvais toutes les femmes enceintes magnifiques. Je les enviais. Je croyais que je serais tellement heureuse que rien ne pourrais m'atteindre. Que je serais en forme et "zen".

Je ne m'attendais pas du tout à être malade pendant les premiers mois.. Et pourtant, c'est ce qui est arrivé. 4-5 premiers mois à subir, avachie, ne rien pouvoir avaler, vomir, sans énergie, sans motivation, heureuse mais complètement déprimée...

Puis, voir mon corps se déformer. Je pensais que je serais heureuse de voir l'enfant prendre sa place.. Mais je n'ai pas aimé ça. Au lieu de me voir "enceinte", je me voyais "grosse". Lors de ma première grossesse, je me sentais comme dépossédée de mon corps, étonnée de ne plus rien contrôler de sa forme. Je ne m'attendais pas à ce genre de pensées, ce n'était pas du tout le sentiment de plénitude que je pensais avoir.

La fin de grossesse est plus fatigante physiquement, mais franchement, malgré quelques désagréments, j'ai trouvé ça beaucoup plus supportable que les premiers mois, et je n'étais pas trop impatiente.

Puis, à l'arrivée du bébé, alors que j'étais censée être la plus heureuse, il y a eu quelques semaines de flottement, durant lesquelles il m'est même arrivé de me demander si je n'étais pas plus libre avant d'avoir un bébé, et si j'étais vraiment prête à me passer de cette liberté.

Bien-sûr, j'étais très heureuse d'attendre un enfant. Et pour rien au monde je ne serais revenue en arrière. J'ai simplement été très surprise par la différence entre tout ce que j'avais imaginé et espéré, et la réalité.

Une école, un chemin, une épreuve :

Et puis, on se retrouve confrontés à nos limites. Parfois, on dirait même une vie monacale : On ne dort pas. On doit rester zen malgré la fatigue. On fait les choses d'abord pour les autres plutôt que pour soi. On se remet sans cesse en question. On cherche des solutions. Les priorités changent. La vie change.

Nos compétences évoluent. On découvre des différences entre la théorie et la pratique. On finit par devenir un expert subjectif en grossesse, accouchement, allaitement, diversification, alimentation familiale équilibrée, portage, écologie, problématique du monde "bio", santé, homéopathie et autres remèdes naturels.. Selon ses intérêts du moment.

Je souhaite tellement ne pas faire d'erreur grave qui pourrait nuire à l'épanouissement de mes enfants... Je souhaite les protéger, tout en les laissant découvrir la vie... Leur donner des valeurs, des règles de bon comportement, des notions de base, la foi, dans une logique d'ouverture.

Ces enfants que Dieu nous a confiés, pour que nous les guidions sur un chemin qui leur permettra de devenir autonomes et bons.

Un bonheur, une épreuve, un changement radical. Je suis devenue mère...



PHOTO : Tourterelle turque, prise par KGN 

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Published by unbebebienreel.over-blog.com - dans Vie quotidienne et bien-être
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commentaires

mano 09/01/2014 20:19

Bonjour, je souhaitais vous remcercier pour ce blog pas comme les autres!
j'y trouve du réconfort...AAaaaah la bonne heure!
Je sors juste de mon rendez vous anesthésie et d'exprimer mon souhait de ne pas vouloir de péridurale!
Ce docteur était estomaqué par mon choix pour cette petite maternité rurale ou la plus grande majorité des femmes la prenne!
Tout de même, à me dire "il ne faudra pas venir pleurer après" ..
Je fais confiance à mon corps et j'apprends depuis longtemps à vivre avec, à apprendre son language, à l'écouter, c'est mon guide!
Votre blog me refléte et j'ai les mêmes questions, images naturelles...
j'espére être une bonne future louve ..
merci de vos mots et de votre temps ...
paix et lumiére à vous!

unbebebienreel.over-blog.com 09/01/2014 21:22



Merci à vous pour ce retour! :)

Dans la plupart des maternités françaises, les femmes choisissent massivement la péridurale... Et les anesthésistes y sont là particulièrement pour ce geste, alors ils y tiennent...

Je suis sûre que vous serez une très bonne louve! En attendant, je vous conseille un de mes articles que vous avez peut-être lu : "se préparer à accoucher sans péridurale", qui
contient un certain nombre pistes possibles, ainsi que plusieurs lien d'articles sur le même sujet.

Je vous souhaite un très bel accouchement.



nathalie 09/02/2013 23:29

Assalamou alayki
Magnifique article macha'Allah, j'ai eu une réflexion similaire il y'a quelques jours en m'occupant de mes deux petits... devenir parent c'est vraiment une expérience exceptionnelle
Merci pour ce partage!

unbebebienreel.over-blog.com 10/02/2013 09:07



Wa alayki salam!

Les grands esprits se rencontrent, macha Allah! :)

Barakallahou fiki.