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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 15:27

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Je crois que si tant de femmes vivent les contractions comme un calvaire, c'est en partie à cause de vieilles représentations qui perdurent dans notre société judéo-chrétienne. En fait, je vais parler ici strictement de la culture française. Parce que je vis en France et parce que cette culture influence passablement la mentalité des pays francophones voisins. (Ce n'est pas du chauvinisme, il y a peu j'habitais encore dans ma Suisse romande natale.) 

1.) Une veille culpabilité chrétienne

Vous connaissez sûrement ce passage de la bible, qui suit le péché originel :

Il dit à la femme: J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. Genèse 3.16

De ce point de vue-là, la douleur de l'accouchement serait donc un châtiment pour la femme, pour une faute commise par une autre femme, avec promesse de domination par les hommes.

2.) Siècle des lumières, laïcité et féminisme à la sauce française

Les années passant, en France, le siècle des lumières a repoussé la religion au fin fond des chaumières. Plus tard, le féminisme a voulu libérer la femme : La femme serait punie d'un péché vieux comme le monde? Elle devrait souffrir en accouchant? Libérons-la donc de ce fardeau.

Il est sûr que si on considère les douleurs de l'enfantement comme une punition et un moyen de soumettre la femme à son mari, il n'est pas étonnant que beaucoup souhaitent s'en libérer à l'heure actuelle.

C'est à mon avis une des raisons qui ont influencé les mauvaises représentations que l'on a à l'heure actuelle des contractions.

En France tout comme dans beaucoup de pays occidentaux, la péridurale s'est généralisée. Maintenant, quand on souhaite accoucher sans anesthésie, beaucoup de gens sont étonnés. Souvent on entend : "Pourquoi vouloir souffrir inutilement? N'es-tu pas un peu masochiste?"

Je suis étonnée de la façon dont la société française arrive à tout interpréter à sa façon. D'un côté, la laïcité (à la sauce française), qui repousse tout ce qui a un rapport avec le religieux. Les contractions ayant été relatées comme un châtiment de la bible sont donc également à proscrire. De l'autre les féministes, qui veulent à tout prix libérer la femme, quitte à la "libérer de force d'elle-même". (On pourrait faire un parallèle à propos des femmes musulmanes pratiquantes, mais ici, je parle précisément des douleurs liées à l'enfantement.)  

3.) Les lumières et l'humanisation

Jean-Jacques Rousseau et Voltaire se disputaient sur le sujet de l'animalité des humains. En France, tout a été fait pour que l'homme s'éloigne de sa nature de mammifère.

Dans l'inconscient collectif, il est de bon ton de penser que l'être humain n'a plus d'instinct. Que tout ce que nous faisons est acquis plutôt qu'inné. La femme dont la mère n'a pas allaité ne saura pas. Mystère sur l'accouchement, le savoir en ce domaine est entre les mains de ceux qui savent : les gens formés, le personnel des maternités. De là découlent tous les accouchements dirigés au cours desquels la future-maman délègue le déroulement de la naissance à l'équipe hospitalière. Elle n'accouche pas, elle se fait accoucher.

En tant qu'être humain, l'instinct n'existant plus en théorie, il vaut mieux avoir des instruments toujours plus sophistiqués pour accompagner l'accouchement.

Tout le monde a une idée plus ou moins définie des différents protocoles hospitaliers comme le monitoring, les perfusions, l'hospitalisation, etc... Tous ces éléments qui entretiennent l'idée que l'accouchement est une menace, même lorsque tout est physiologique.

On est donc poussé à en déduire que l'accouchement n'est plus une punition maintenant que la péridurale existe, mais il reste tout de même un danger. Qu'on va tenter de maîtriser à grand renfort de machines sophistiquées.

4.) Et le bon sens dans tout ça?

Certes... La péridurale est une avancée, elle peut être une grande alliée selon les situations. (Je pense notamment aux césariennes réellement nécessaires, durant lesquelles la péridurale permet à la maman d'être consciente lors de la naissance de son enfant)

Certes.... Il y a des accouchements qui se déroulent mal. Heureusement que les avancées scientifiques permettent de sauver des mamans et des bébés qui n'auraient pas survécu jadis.

Je ne dis pas que les accouchements à l'hôpital et/ou sous péridurale sont à éliminer, loin de là. 

Mais je trouve qu'il faut arrêter de faire peur à tout le monde au sujet de l'accouchement. Tous les accouchements ne sont pas à risque. La mortalité infantile si importante de l'époque était en grande partie liée au manque d'hygiène, ce qui n'est plus le cas à l'heure actuelle.

Je ne suis ni chrétienne, ni féministe à la sauce française. Cela ne m'empêche pas d'aspirer à une certaine liberté, et je ne suis pas non plus spécialement à la recherche de la douleur.

Simplement, je ne considère pas la douleur de l'accouchement comme un fardeau ou une punition. Je ne souhaite donc pas m'en libérer. Pour moi, le vrai "joug" n'est pas là.

La péridurale rend la femme passive lors de la naissance de son enfant, incapable de la diriger elle-même. Est-ce une libération?

Quand on rentre à l'hôpital pour accoucher, a-t-on une réelle liberté? (Je pense en particulier aux "usines à bébés") Si je ne souhaite pas suivre les protocoles hospitaliers, comment se passent les choses? Me traitera-t-on d'inconsciente? Me fera-t-on comprendre avec insistance que je mets la vie de mon bébé en jeu, de façon à me faire capituler? Ne fera-t-on pas tout ce qu'il faut pour me faire entrer dans une case? La patiente que l'on va aider à accoucher, comme toutes les autres patientes?

Position gynécologique, monitoring en continu, perfusion d'entretien d'office, d'ocytocine, et autre produits? Tout cela dans le but de faciliter le travail des professionnels plutôt que le mien? Et dans la foulée, une petite péridurale, une fois que l'on est bien épuisée, dans une position non physiologique, sans avoir la moindre liberté de mouvement, entravée par tous ces fils?

Dans une petite salle froide et impersonnelle.

Est-ce là la liberté et l'indépendance tant revendiquées? Le refus de la douleur et de l'asservissement?

Je ne pense pas.

Pour moi, la liberté dans l'accouchement, c'est de n'avoir aucune entrave. Pas de fils à chaque bras, pas de monitoring en continu. Pas de position imposée. Pas de sensation annihilée. Sentir les choses. Etre active, en pleine possession de ses moyens, diriger soi-même son accouchement, selon la progression du bébé. Un vrai travail d'équipe entre la maman et son enfant.

La douleur n'est pas une punition. Elle est un guide.



PHOTO : Droïde sage-femme de Star Wars. Heureusement qu'on n'en est pas encore arrivés là... ;)

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Published by unbebebienreel.over-blog.com - dans Accouchement sans péridurale
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